Dans le tout, tout petit monde de l'Internet BDSM, il y a un effet comique bien connu qui, je l'avoue, me fait toujours marrer.
Il y a d'abord les réécritures consécutives et perpétuelles du passé.
Non, non, pas des interprétations à la lueur d'une expérience nouvelle.
Des uchronies personnelles où l'on se réinvente et auxquelles on croit très fort. La spécificité de ces salades, c'est leur assaisonnement d'absolu : Dans un épisode d'uchronitite, on braille à tout va qu'on a toujours été/fait comme ça !
Sauf que, bizarrement...l'Internet a une mémoire...les gens dans l'Internet ont une mémoire !
Or les afficionados de l'uchronie ont tendance à éloigner d'eux, ceux dont la mémoire devient problématique, car ne collant pas au nouveau portrait.
Celui qui se rappelle devient alors le portrait lui-même.
Et les Dorian Gray amnésiques sélectifs se gardent bien de dévoiler ce sale secret.
Comme dans le livre, nos Dorians restent éternellement jeunes et beaux quand, dans le silence du grenier, leurs portraits voient s'accumuler les repentis grossiers barbouillés à la truelle.
Avec la réécriture, vient la théorie des cordes.
Pas celles du bondage, celles de la physique...Quoique cela reste une affaire d'élasticité.
Le temps est donc élastique.
Les mois deviennent des années, les années deviennent des mois.
Au bon vouloir de l'auteur.
L'âge mature se qualifie de "Jeune" surtout quand c'est une Soumise et qu'elle peut aussi se qualifier de Novice ( la JSN mériterait un article à elle toute seule ).
Pour le Maître c'est plus simple. S'il a commencé à fréquenter l'Internet BDSM en Novembre
2010 et qu'on est en Février 2011, on comptabilise donc 2 années complètes d'expérience IRL.
La réécriture n'est pas bouddhiste pour deux sous.
Les vies antérieures sont simplement effacées dans un processus d'oubli volontaire.
On nettoie les profils, on purge les écrits, on change parfois de pseudo.
Apparemment, la force karmique du clavier suffit à nourrir la volonté de s'oublier.
D'ailleurs, hier soir j'ai vu " Memento", pile-poil dans le thème.
D'ailleurs dans "Memento" on tue les témoins gênants de ce passé encombrant.
En ce qui nous concerne, on ne les tue pas. On les évite, on ne les fréquente plus, on leur taille éventuellement un costard en bonne société. Histoire de les discréditer à défaut de les faire taire.
Ce qui me fait rire en premier, c'est l'art qu'on les gens de se compliquer la vie.
Un simple démenti à la sauce " En fait, ben...j'ai changé d'avis." Ça suffirait.
Mais il impliquerait que, finalement, les convictions soient toutes relatives et puissent évoluer au fil de l'expérience de la vie.
Or sur l'Internet du BDSM, on se doit d'être dans l'absolu pour être digne de ce nom.
A la rigueur, y'a que les switchs qui puissent se permettre une certaine relativité, puis qu'ils "n'en" sont pas...pour de vrai...de la vérité ultime, de l'absolu BDSM.
Mais là où je commence franchement à me marrer c'est quand le comique devient "de répétition".
D'année en année, le running gag fonctionne toujours.
Et On se réécrit, une fois, deux fois, trois fois !
Et On parade avec sa nouvelle identité et son nouveau passé tout neuf, à chaque fois.
A croire qu'en s'oubliant soi-même, On a oublié que les autres n'oublient pas.
A croire que On serait vraiment un con ?
Là où je ne rie plus, quand le gag-ball est trop serré et que la nausée monte, c'est quand ces mêmes personnes, cette même minorité geignarde, gueularde et limitée, ne se sent plus pisser au point de se lâcher partout comme un chiot en apprentissage de la propreté.
C'est quand les grands discours sont bafoués au quotidien, sans même y penser.
C'est quand on la ramène sur ses grands principes de vie, pour mieux faire du cul sans arrière-pensée.
C'est on défend sa naïveté du monde pour éviter d'avoir à évaluer sa propre malhonnêteté, ou sa bêtise.
C'est quand, après avoir bien pissé et chié partout, on se réécrit une fois de plus pour se maintenir droit, on s'oublie pour ne pas avoir à y réfléchir, à dire "J'ai merdé" , pour mieux recommencer...à pisser partout un peu plus loin.
Le running gag-ball en résumé, c'est assister en silence à la réécriture de certains, qui sont passé dans ma vie, qui ont pissé partout et qui en sont partis comme ils sont arrivés :
La tête haute et la tâche au cul.
C'est les observer déambuler dans cette posture altière. Bienheureux imbéciles qui, remettant leur froc après l'avoir baissé une fois de plus, n'ont toujours pas vu leur tâche.
C'est se demander si on peut rire à en vomir.